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Interviste, video e articoliPubblicato il 27 marzo 2026

Karin Keller-Sutter: Face aux risques économiques, «nous devons mettre de l’ordre dans nos finances»

Le Temps (Fanny Scuderi) - Le plan d’économies tout juste adopté, la ministre des Finances, Karin Keller-Sutter, s’exprime: elle n’y voit ni un succès ni une défaite. «Une étape», alors que les finances publiques sont sous pression, avertit-elle.

La grande bataille autour du paquet d’allègement budgétaire vient tout juste de s’achever. Le projet de la conseillère fédérale PLR Karin Keller-Sutter, destiné à freiner les dépenses pour les années à venir, a été amputé de 39% par le parlement. Victoire d’étape ou revers politique pour la grande argentière? Face au Temps, elle reste inflexible: la Suisse ne peut pas durablement dépenser plus qu’elle ne gagne.

Le Temps: Le plan d’allègement budgétaire (PAB) a été réduit. Pour 2027, on passe de 2,4 milliards à 1,4 milliard. Est-ce un succès ou un compromis?

Karin Keller-Sutter: C’est surtout une étape. Le parlement l’a réduit d’environ un tiers. Nous économisons 1,4 milliard en 2027 et presque 2 milliards dès 2028. Pour 2027, il nous reste donc un déficit de presque 600 millions de francs, il faudra donc encore ajuster le budget.

Où trouver ces millions manquants?

Ce n’est pas encore clair. Nous devons d’abord en discuter à l’interne, au sein de mon département, puis au sein du Conseil fédéral. Finalement, le parlement décidera.

Ce programme d’économies a été réalisé en réponse à la hausse des dépenses de l’armée décidée par le parlement, et à la 13e rente AVS votée par le peuple. Qui sont les responsables de ce déséquilibre?

Ce n’est pas une question de responsabilité, mais de conséquences. Le Conseil fédéral a averti que la hausse des dépenses de l’armée pouvait être financée jusqu’en 2028 si le paquet d’allègement complet était mis en œuvre. Mais pas au-delà. Quant à la 13e rente AVS, elle coûte 5 milliards par an. Environ 20% sont financés par la Confédération, ce que beaucoup ignorent. Il serait souhaitable qu’à l’avenir, ce type d’initiatives soient accompagnées d’une proposition de financement. Ce serait plus transparent, car les gens sont parfois déçus quand ils se rendent compte après coup de la facture.

Allez-vous proposer une réforme des initiatives?

Parler de réforme serait exagéré. Mais il faut se demander si, pour les initiatives à fort impact financier, on ne devrait pas aussi préciser leur financement. Il ne faut pas oublier comment est structuré notre budget: deux tiers des dépenses sont liées – il faut donc modifier la loi ou la Constitution pour y toucher – et 80% sont des transferts. La marge de manœuvre à court terme est donc limitée.

Nous avons un parlement dominé par les partis bourgeois. Etes-vous déçue qu’ils ne parviennent pas à économiser davantage?

Je ne pense pas que ce soit une question de clivage gauche-droite, mais plutôt d’influence des groupes d’intérêts. Le parlement a manifestement subi de fortes pressions, a reçu des lettres de la plupart des secteurs, sauf d’un lobby: les contribuables.

Tout le monde veut faire des économies, mais personne ne veut renoncer à ses subventions: chacun propose des mesures… pour les autres.

Pendant les débats, vous n’avez pas cessé de dire que la Confédération a un problème de dépenses, et non de recettes. Pourtant, le Conseil fédéral demande une hausse de la TVA de 0,8% pour financer l’armée. N’est-ce pas contradictoire?

Non. Le Conseil fédéral a toujours indiqué qu’une hausse plus importante des moyens pour l’armée ne serait pas finançable sans recettes supplémentaires. L’augmentation de la TVA est désormais en consultation, puis le parlement devra se prononcer. Au final, le dernier mot reviendra au peuple.

Vous représentez les contribuables. La hausse combinée de la TVA pour l’armée et pour la 13e rente AVS représenterait environ 1,5%. Est-ce soutenable?

C’est une solution désagréable. A titre personnel, j’ai rejeté la 13e rente AVS. Mais maintenant, il faut la financer. Et si l’on veut investir davantage dans l’armée, il faut des recettes supplémentaires. Cette option permet au parlement, puis au peuple, de trancher. Après toutes ces années de débat, il me semble juste que la population puisse enfin se prononcer.

Si l’augmentation de 0,8 point de TVA pour l’armée est rejetée, faudra-t-il un nouveau plan d’économies?

Je ne veux pas spéculer. Mais toute hausse de TVA n’a de chance de succès que si le parlement prouve qu’il a épuisé toutes les possibilités: c’est-à-dire qu’il a d’abord réalisé des économies et qu’il ne touche pas au frein à l’endettement. Le Conseil fédéral a assumé sa responsabilité en soumettant le paquet d’allègement.

Les comptes 2025 sont positifs et ont détrompé les prévisions. Les finances fédérales sont-elles si tendues?

En 2025, nous avons pratiquement atteint l’équilibre, surtout grâce à des recettes supplémentaires temporaires provenant de Genève, mais les perspectives sont claires. Ce qui m’inquiète: la Suisse évolue dans un contexte géopolitique et géoéconomique difficile. La guerre au Moyen-Orient présente de grands risques économiques, comme l’inflation et la hausse possible des taux d’intérêt. Nous faisons de plus face à l’endettement massif de certains Etats. Plusieurs facteurs propices à une crise économique sont réunis. Et pourtant, nous agissons comme si rien ne pouvait nous arriver. Il est d’autant plus important que nous fassions aujourd’hui notre travail et que nous mettions de l’ordre dans nos finances.

La velléité du Conseil fédéral de créer un fonds spécial pour l’armée n’est-il pas une entorse au frein à l’endettement?

Non. Le fonds est compatible avec le frein à l’endettement s’il est remboursé dans le délai imparti.

Grâce à sa solidité financière, la Suisse pourrait s’endetter à faible coût. Seriez-vous prête à rouvrir la discussion sur le frein à l’endettement voté en 2001?

Si quelqu’un veut modifier le frein à l’endettement, qu’il essaie: il y aura une votation. Je suis convaincue que le peuple décidera comme en 2001, car le principe du frein à l’endettement reflète le quotidien de nombreuses familles: ne pas dépenser plus que ce que l’on gagne.

Comme les particuliers ou les entreprises, l’Etat doit amortir ses investissements et rembourser ses dettes. De plus, le frein à l’endettement prend en compte la conjoncture. Il permet aussi dans des situations extraordinaires comme le covid ou la guerre en Ukraine de dépenser de l’argent et de s’endetter.

Le Conseil fédéral a décidé d’augmenter la TVA au profit de l’armée. Pourquoi pas l’impôt fédéral direct, plus social?

Si l’argent doit être disponible rapidement, la seule option est la TVA. Parce qu’elle est disponible dès le premier jour et les recettes sont stables. D’ailleurs, aujourd’hui, 20% des plus riches paient 88% de l’impôt fédéral direct. Cette compensation sociale via cette forte progressivité existe donc déjà.

Les cantons ont mené un lobbying intense contre le PAB27. Comment avez-vous vécu cette pression?

Environ un tiers du budget fédéral va directement aux cantons; il est donc normal qu’ils soient touchés par un plan d’allègement. Il faut tenir compte du fait que les cantons reçoivent chaque année une part croissante de l’impôt fédéral direct. En plus, la Confédération contribue aux deux tiers des paiements de la péréquation financière. La Confédération n’a aucun intérêt à affaiblir les cantons. Et l’inverse doit aussi être vrai. Les cantons ont tout intérêt à ce que les finances fédérales soient solides. J’ai parfois le sentiment qu’on perd un peu la vue d’ensemble.

Dans le PAB27, le Conseil fédéral proposait de revoir la péréquation financière. La mesure a été abandonnée. Comptez-vous revenir à la charge?

Il ne s’agissait que d’un petit ajustement de la péréquation. Mais des réformes seront nécessaires car les disparités entre les cantons s’accentuent. Ce n’est pas bon pour la cohésion nationale.

Sur un autre thème: le projet de renforcement des fonds propres d’UBS fait face à une forte opposition. Comment comptez-vous gérer cette résistance?

Nous présenterons le projet au Conseil fédéral dans les prochaines semaines, puis il ira au parlement. Trois des quatre partis du Conseil fédéral, le PS, Le Centre et le PLR, soutiennent en principe un renforcement des fonds propres. L’objectif du Conseil fédéral est de sécuriser le risque à l’étranger de l’UBS. La question est simple: qui assume ce risque, l’actionnaire et donc le propriétaire, ou le contribuable? L’UBS souhaite se développer aux Etats-Unis, mais la Suisse ne peut pas se porter garante de ce risque. La crise du Credit Suisse a de nouveau démontré une lacune de la régulation: un problème avec les filiales étrangères menace le financement de la maison mère en Suisse. Le contribuable ne doit pas subventionner les activités à l’étranger. UBS juge la mesure trop stricte, d’autres la jugent insuffisante, il s’agit donc d’un compromis classique.

Consigliera federale Karin Keller-Sutter

La consigliera federale Karin Keller-Sutter all'inizio del dibattito al Consiglio nazionale

Biografia

La consigliera federale Karin Keller-Sutter è a capo del Dipartimento federale delle finanze da gennaio 2023.

Foto autografata

Ordinare una cartolina autografata dalla Consigliera federale.

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