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Madame la présidente du Conseil d'Etat,
Monsieur le Syndic,
Monsieur le président du Comptoir Suisse,
Mesdames et Messieurs,
Chers invités,
Je ne vous apprendrai rien en vous disant tout le plaisir que j'éprouve à vous adresser les plus cordiales salutations du Conseil fédéral. J'ai toujours aimé venir à Lausanne au Palais de Beaulieu.
On parle souvent du "Röstigraben", fossé qui est censé séparer la Suisse romande de la Suisse alémanique. On oublie cependant qu'il existe aussi un autre fossé, appelé le "Bratwurstgraben". Celui-ci, délimité par la Töss qui traverse Winterthur, sépare la Suisse orientale de la région zurichoise. Raison pour laquelle un Appenzellois, même s'il est conseiller fédéral, aura toujours beaucoup de compréhension pour ses amis et compatriotes d'outre-Sarine. Me voilà donc bien placé, en tant que ressortissant d'outre-Töss, pour exprimier toute ma sympathie aux Romands!
C'est en 1916 qu'a eu lieu le premier Comptoir vaudois d'échantillons. Trois ans plus tard était fondée la Société coopérative du Comptoir Suisse. Paul Rosset, syndic de Lausanne à cette époque, avait déclaré: "Vu la situation géographique de Lausanne sur un croisement de lignes importantes, vu l'improbabilité que nos industries vaudoises aient quelque aide ou encouragement de la part des Confédérés, ceux-ci ayant déjà fort à faire pour lutter pour leur propre compte, la proposition suivante est faite: organiser, sous l'égide de la Société industrielle et commerciale et sous le patronage de la Chambre vaudoise du commerce, une exposition industrielle vaudoise très simplement présentée, mais représentant de façon aussi complète que possible le tableau de l'industrie vaudoise actuelle."
A peine prononcée, cette résolution était déja mise en œuvre. Un an seulement après la fondation de la société coopérative, la première foire ouvrait ses portes à Beaulieu; elle réunissait 580 exposants et reçut 150 000 visiteurs. Les Vaudois étaient passés à l'action en un temps record. Autrefois, beaucoup de choses pouvaient se faire en un an seulement. Aujourd'hui, il faut le même temps, simplement pour rénover la Place fédérale à Berne et ceci sans compter le temps nécessaire à la planification!
Pour moi, le Comptoir symbolise non seulement cette efficacité mais aussi l'indépendance d'esprit, le sens des responsabilités, la confiance de soi et la ténacité. Ces valeurs ont longtemps caractérisé notre pays.
Loin de se reposer sur ses lauriers, le Comptoir a toujours pris grand soin d'observer ce qui se passe à l'extérieur de ses murs. Ouverture sur le monde, largesse d'esprit, curiosité, soif de connaissance, confiance en l'avenir, optimisme: ce sont là des caractéristiques sans lesquelles la Suisse serait condamnée à la médiocrité.
Or je constate avec plaisir que le Comptoir fait preuve des mêmes caractéristiques en invitant presque chaque année un nouveau canton et un nouveau pays. Construire des ponts est pour notre pays une tâche nécessaire. Car la Suisse ne dispose pas du ciment naturel que représentent une culture et une langue communes. Elle est l'un des rares Etats à avoir fait de sa multiculturalité un atout.
Je souhaite que se manifeste envers chaque habitant de notre pays le même esprit d'ouverture que celui qui anime le Comptoir. Jusqu'ici, nous avons toujours trouvé la juste mesure dans nos efforts d'intégration des étrangers. Les deux projets de naturalisation facilitée soumis à votation constituent un nouveau pas dans la bonne direction. C'est pourquoi le Conseil fédéral vous recommande d'accepter ces deux objets le 26 septembre prochain.
L'organisation du Comptoir suscite elle aussi mon admiration. Celui-ci jouit du soutien du canton, de la ville et des communes environnantes ainsi que d'autres communes et investisseurs privés. Cet esprit de collaboration anime tous les partenaires concernés.
Or le mode de collaboration sur lequel repose l'organisation du Comptoir est le même que celui qui fonde le fonctionnement de notre système fédéraliste.
Le fédéralisme constitue l'un des principaux atouts de notre pays. Il favorise une saine émulation entre les collectivités locales; il limite le pouvoir de l'Etat grâce à la répartition des compétences politiques sur les trois niveaux institutionnels de la commune, du canton et de la Confédération; il permet aux minorités et aux différentes cultures de conserver leur identité. Il favorise la mise en place d'institutions politiques souples et proches des citoyens. Sans un fédéralisme aussi vivant et efficace, notre pays aurait depuis longtemps succombé face aux conflits d'intérêts. Pourtant, le système est devenu peu à peu opaque, en particulier dans le domaine des subventions. C'est pourquoi nous devons agir.
Vous l'aurez compris: Le 28 novembre prochain, nous serons appelés à nous prononcer sur le projet dit de "réforme de la péréquation financière et de la répartition des tâches entre la Confédération et les cantons (RPT)".
L'arrêté fédéral soumis à votation contient 27 modifications de la Constitution. Celles-ci entraîneront à leur tour la révision de 34 lois fédérales. Un accord-cadre intercantonal fixera ensuite les principes et procédures concernant la collaboration entre les cantons. Il s'agit là d'un projet de réforme de grande envergure pour notre Etat fédéral.
L'appréciation de la situation initiale se fonde sur plusieurs constatations.
La RPT vise à redonner aux cantons leur liberté d'action. Le fait d'attribuer aux cantons davantage de compétences permet à l'Etat de se rapprocher des citoyens et d'enrayer le processus de centralisation. La RPT renforcera la solidarité au sein de notre Etat. Et elle assurera à l'avenir une utilisation plus efficace de l'argent du contribuable.
La RPT permet d'atteindre un objectif central en matière de charge fiscale et de prestations, à savoir le maintien d'une concurrence saine et équitable entre les cantons et entre les sites économiques. La RPT profite à tous:
Il est rare qu'une seule votation offre la possibilité d'éliminer autant de doubles emplois et de fausses incitations. Pour moi, il n'y a pas de meilleure solution que la RPT! Grâce à elle, l'Etat sera plus efficace. Car c'est une véritable cure de jouvence qu'elle propose à la Confédération et aux cantons, qui ne pourront que s'en porter mieux. Cure de jouvence que vous connaissez bien, puisque vous vous y soumettez chaque année en visitant le Comptoir.
A l'instar du premier ministre italien qui, pour relancer la croissance, avait dit: "Mesdames, allez donc faire du shopping!" je terminerai en disant: "Consommatrices et consommateurs, venez donc au Comptoir!"